Tandis qu'Heffengen se réfugie à l'abri d'une ancienne pierre levée, l'une des lucioles plane devant Vigor et lui fait signe de les suivre. En y regardant de plus près, les créatures ressemblent à des elfes miniatures ailés, translucides et brillants.
Vigor les suit et Heffengen lui emboîte le pas après avoir vainement tenté de réveiller Mordin et tout aussi vainement tenté d'attirer Azraël.
Tarja se presse de prendre le reste de ses affaires et les rattrape au petit au trot.
Après une dizaine de minutes de marche dans la forêt, ils arrivent au bord d’une petite rivière. Sur la rive opposée se tient un druide barbu portant de simples robes. Il tient une faucille dans une main et une branche de chêne dans l’autre.
Les lucioles s'éparpillent dans les bois.
Derrière le druide, à quelques lieues de là, des flèches magnifiques dépassent de la cime des arbres. S'agit-il de la cité elfe dont ils ont entendu parler ? En tout cas, elle n'est de loin pas en ruines ; elle est étincelante, les bannières colorées flottent au vent.
Pour répondre au salut d'Heffengen, le druide lève sa faucille.
En une fraction de seconde, pendant son mouvement, le ciel s’assombrit jusqu’à ce qu’il fasse nuit et la forêt semble passer en automne. La lame courbée reflète le ciel étoilé et commence à luire d’une intensité blanche aveuglante, jusqu’à ce que le regard doive se détourner.
Quand la lumière aveuglante s’atténue, une lune blanche argentée est suspendue à la place de la faucille, illuminant la forêt. Le druide barbu n’est visible nulle part. À sa place, se tient une belle druidesse aux cheveux blancs neige, portant un pendentif en forme de larme autour du cou.
" Merci Heffengen pour avoir restauré les pierres sacrées au cercle de tumulus. Voici ta récompense. " annonce-t-elle
La druidesse lève son bras et une unique goutte de sang tombe de sa main sur la terre.
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| œil d'Ishernos |
Un étrange champignon au chapeau doré germe du sol, puis se transforme en une jeune femme aux cheveux blonds, tenant une gerbe de blé, sans doute une adepte de Rhya.
La druidesse, elle, est partie, et même si la lumière du jour est revenue, la forêt semble être d’une certaine façon plus sombre. La jeune femme semble inquiète et parle avec empressement.
" Vous devez vous cachez maintenant ! " puis elle jette son blé dans la rivière.
Des grognements gutturaux sont audibles et ils semblent de rapprocher par l'arrière. Heffengen et Vigor ne se font pas prier et se camouflent dans les fourrés. Tarja, elle, arme son bouclier, se retourne et avance pour faire face.
Elle ne tarde pas à voir courir vers elle une petite horde d'hommes sauvages, sales, à moitié nus. Ils puent la charogne, sont atrocement voutés et leur bras, trop longs, dont les ongles longs font penser à des griffes, touchent presque le sol. Leurs visages sont déformés et leurs bouches bavantes et ouvertes sont hérissées de dents trop longues.
Tarja fait alors demi-tour, prend son élan et saute la petite rivière. Trois des créatures parviennent à la suivre, trois autres tombent dans l'eau, mais ne vont pas tarder à en sortir. D'autres vagues d'assaillants arrivent !
Tarja se retourne pour faire face.
Depuis les fourrés, Heffengen déclenche un trait d'arbalète qui frôle le crâne d'une des créatures, sans la distraire de son but : Tarja.
De même, Vigor sort plus loin des fourrés et saute de l'autre côté de la rivière pour décocher quelques flèches.
Mais l'initiée d'Ulric ne peut rien faire.
À peine a-t-elle soulevé le bras de son arme pour l'abattre qu'un de ses adversaires attrape son bras levé. Un second se jette à sa gorge et la renverse.
Ils sont trois et bientôt six sur elle.
Avec effroi, Heffengen voit les crocs d'un des hommes plonger dans le cou de Tarja et lui arracher un énorme morceau de chair qu'il engloutit directement. Le sang gicle par grosses saccades.
Elle ne bouge plus.
Un autre lui arrache une main et un troisième plus difficilement, une jambe, pour la dévorer.
Horrifié, Vigor recule. Les êtres ne s'intéressent pas à lui.
Ils sont près d'une vingtaine à arriver sur la dépouille chaude de Tarja et commencent à se battre pour les meilleurs morceaux.
Une fois leur immonde festin terminé, ils poursuivent vite dans la forêt et finissent par disparaître.
Révulsés et sous le choc, Vigor et Heffengen s'approchent sur ce qu'il reste du corps. Ils n'ont rien pour l'enterrer et décident de faire un bûcher.
En allant ramasser du bois, ils émergent des sous-bois et se retrouvent sur le bord d’une petite arène.
Les sièges sont vides ; les pierres craquelées et recouvertes de végétation. En bas se trouve un homme costaud dans une robe verte. Une couronne de gui est placée sur ses cheveux, et il porte un pendentif enroulé.
L’homme montre l’arène, où il y a quatre personnes. Un guerrier en armure de plates se tient face à deux des bêtes humaines bavantes rencontrées plus tôt. Derrière les créatures se tient un garçon désarmé.
" Vers qui va votre préférence ? " demande l'homme en vert.
Heffengen crie au garçon de s'enfuir puis Vigor et Heffengen désignent le garçon.
" Vous arpentez un chemin dangereux ", répond l'homme.Les deux créatures retournent leurs griffes et leurs crocs l’une contre l’autre dans un combat sanglant. Le guerrier, entretemps, charge à travers l’arène à la poursuite du garçon en fuite.
Tout devient noir à l’exception de l’homme, dont la chair se dépouille, ne laissant qu’un squelette. Il est bizarrement maintenant dressé devant Vigor et Heffengen. Sa robe est en lambeaux, et il porte un pendentif en forme de griffe. Le symbole de Nagash.
Alors que leurs yeux s’adaptent aux ténèbres, Heffengen et Vigor voient que la forêt est devenue un enchevêtrement desséché de bois mort. Le squelette étend les deux mains vers l’avant. Dans sa main gauche, il tient un corbeau mort, et dans la droite une couronne.
" Prenez-en un " ordonne-t-il d’une voix caverneuse.
" Coupe-lui les bras " crie Heffengen au nain, " je ne veux pas choisir. "
Vigor, lui, choisit et prend la couronne.
Le squelette lui indique une direction. Au loin, se dresse un grand arbre sans feuille, à côté d’un lac.
Du ciel, une comète chute vers la terre et frappe le sol dans une grande explosion qui enveloppe l’arbre de flamme. Le soleil vacille... puis meure.
Heffengen et Vigor se réveillent avec une sueur froide !
C'était un rêve.
Tarja est là, réveillée, elle aussi, depuis quelques minutes.
Ils n'en parlent que peu, mais ils s'accordent sur le fait d'avoir rêvé la même chose. Un rêve trop réel et qui laisse des traces dans leurs esprits.
Ils réveillent alors Mordin. Tarja le tance parce qu'il s'est endormi. Il ne s'en souvient pas, mais rétorque que ce n'est pas grave, puisque ici ils ne risquaient rien.
Heffengen remarque que dans la clairière pousse l'espèce de champignon qui est apparue en rêve et qui a poussé sur le sang de la druidesse qui a remercié Heffengen.
D'après Mordin, il s'agit d'un œil d'Ishernos. Il était utilisé par les druides pour la communion et la divination.
Heffengen en cueille quelques-uns, ainsi que des capuchons gris.
Ils lèvent ensuite le camp et suivent la piste menant vers le sud de la clairière druidique.
La journée se déroule sans histoire.
L'esprit finit par s'habituer même aux environnements les plus inhabituels.
La forêt est toujours inquiétante, mais ils vivent maintenant avec.
Lorsque Heffengen laisse son tour de garde à Vigor, il se couche en grignotant un œil d'Ishernos bouilli auparavant.
Les rêves de la matinée l'empêchent de s'endormir.
La forêt l'inquiète et ses yeux finissent par se poser sur Vigor, assis près du feu.
Ce n'est plus Vigor, mais le squelette rencontré la nuit passée. Il se retourne vers Heffengen et penche la tête. Le rictus morbide se dessine sur le crâne qui le fixe, ses orbites vides brillent d'un feu intérieur.
C'est Nagash, Heffengen le sait.
Il se lève et court dans les ténèbres, terrorisé.
Il parvient à ne pas tomber, car son chemin est faiblement éclairé par des petites balises luminescentes, placées çà et là.
Il court, suivant la piste jusqu'à perdre haleine.
Lorsqu'il ose enfin se retourner, il n'y a que l'obscurité derrière lui...



