La rue Bromelhoff
Ils prennent donc la direction du Reikerbahn, un quartier chaud d'Altdorf, une zone très agitée pleine de tavernes bon marché, de bordels, de taudis de mendiants et sans doute de repaires de voleurs, le tout agglutiné autour du principal accès du fleuve aux docks.Pendant qu'Elsa reste en retrait pour surveiller les arrières, Karl-Heinz aborde un autochtone au hasard. Il s'agit d'un certain Heinrich, et tous sont très étonnés, et sur leurs gardes, de sa serviabilité lorsqu'il les mène directement au pied de l'immeuble de ce pauvre Axel le balafré. Le rez-de-chaussée est utilisé par une tonnellerie et Axel logerait un dernier étage, le sixième. Heinrich est récompensé d'une pistole et remercie Karl-Heinz avant de partir.
Contrairement aux deux autres, il ne remarque pas Elsa lorsqu'elle décoche, vainement, un trait d'arbalète en direction du pigeon noir qui semble toujours les suivre.
L'immeuble d'Ansel
Sur ces entrefaites, Karl-Heinz, Alido et Elsa montent les escaliers sombres et miteux qui empestent les excréments et l'urine. Les cloisons sont des simples planches de bois et on entend pleurer des bébés ainsi qu'un homme battre sa femme au cinquième.Sur le palier du dernier étage, Karl-Heinz allume sa lanterne : l'une des portes est laissée entrouverte et du sang frais macule le plancher. Ils sont sans doute arrivés trop tard.
Derrière le masque
A l'intérieur, un homme est étendu, baignant dans son sang et gémissant faiblement. Il est nu et atrocement mutilé. Il porte également des mutations : des branchies à l'aspect de cuir s'ouvrent et se ferment sous les bras au rythme de sa respiration, émettant un bruit qui rappelle les reniflements d'un chien. Sa vie ne tient qu'à un fil et il murmure des prières incohérentes :Sigmar, pardonne à cette enveloppe viciée. Ne la laisse pas mourir en portant ces marques honteuses.Alido s'approche de lui et le secoue légèrement, du bout de la lanterne, pour lui faire reprendre un semblant de conscience et le questionner. Il entrouvre les yeux et la seule chose qu'elle obtient sont des gémissements :
Non, Tobias. Toutes tes tortures ne me font plus rien. Je suis au-delà de la peine. Au-delà...Pensant sans doute qu'elle ne pourra rien tirer de plus du mutant, elle quitte la pièce en demandant à Karl-Heinz de l'accompagner. Elsa, elle, entre et reste sur place.
Ils descendent un étage et viennent frapper à la porte du dessous, celle où le mari corrige sa femme.
Après quelques négociations tendues - les gros bras de Karl-Heinz semblant calmer l'agressivité du mari - elle parvient à obtenir de pouvoir parler à l'épouse en échange de quelques pièces - non sans que le mari ne prévienne à voix basse auparavant son épouse de faire attention à ce qu'elle va dire.
Alido veut savoir ce qu'ils savent sur ce qu'il s'est passé à l'étage du dessus.
Elle obtient, moyennant quelques pistoles distribuées au fil de l'échange, les informations suivantes :
- il y avait une demi-douzaine de répurgateurs, avec leurs hauts chapeaux ;
- leur chef était gros et s'appelait Tobias ;
- ils ont torturé le pauvre Axel ;
- ils ont parlé d'une incantation ;
- ils sont repartis il y a moins d'une heure.
Le pigeon noir est toujours visible de l'autre côté de la rue et il n'y a pas de rideau pour occulter la fenêtre.
La minuscule chambre est aussi austère que la cellule d'un moine. On y trouve une couchette, une petite table, un tabouret et un coffre, tous fracassés. Une planche non fixée a été retirée, révélant une petite cache. Éparpillé sur le sol, probablement son contenu : des vêtements noirs dont un masque de cuir noir, quelques armes, un sac plein d'insignes bon marché en forme de comète à deux queues et huit journaux reliés de toile et attachés ensemble par une ceinture.
C'est sans aucun doute la chambre de la Vengeance de Sigmar !
Elsa prend les journaux et les met dans son sac.
Puis elle tente d'interroger l'homme.
Dans son délire, il semble la prendre pour Sigmar et lui demande de lui enlever sa malédiction : ne s'est-il pas assez repenti, n'a-t-il pas assez détruit d'impies et autres mutants ?
Elsa profite de la situation pour le pousser à parler :
Je n'aurais pas dû revenir après l'avoir caché, mais j'avais décidé de mettre ma tenue de chasse, après tout. Il m'attendait. J'ai... j'ai essayé de ne rien lui dire mais la douleur... la douleur était insupportable. Il a le collier. Il connaît l'incantation...Ce sont ses derniers mots. Les branchies de la Vengeance se referment une dernière fois et restent immobiles.
Elsa quitte la pièce et retrouve Alido et Karl-Heinz dans les escaliers.
Sans revenir sur les lieux, ils décident de s'éloigner pour faire le point. Ce qu'ils font dans une auberge du quartier, dans une discrétion relative : les clients semblant plus intéressés par les serveuses peu farouches que par leurs messes basses.
Aucun des trois ne sachant lire, il faut faire examiner cela d'urgence par quelqu'un : le plus adéquat semble sire Frederick.
Il est maintenant tard lorsqu'ils arrivent devant son hôtel particulier et sonnent la cloche. Les deux molosses qui gardent le jardin réveillent sans doute le quartier avant que Nestor, le majordome, n'arrive et les calme.
Ils parviennent à négocier avec Nestor un abri pour la nuit. On leur donne deux chambres dans une dépendance.
Ils essaient ensuite de le persuader de voir d'urgence sire Frederick dès ce soir. Le majordome demande pour quelle raison mais Elsa semble très suspicieuse à son égard.
Sans rien en dire, ils parviennent à ce que Nestor dérange son maître qui consent à les recevoir dans son bureau, en robe de chambre.
Là, ils expliquent qu'ils ont trouvé la Vengeance de Sigmar et qu'elle était morte. Ils racontent de manière désordonnée mais dans le détail leur journée et montrent les journaux trouvés chez Axel.
Il y a là plusieurs tomes numérotés : les journaux 5 à 9 et 11 à 13. Il manque les quatre premiers et le dixième. Les derniers mots du treizième confirment qu'il s'agit bien du dernier.
Sire Frederick regarde rapidement et estime à quelques heures le temps de les lire et les décrypter. Il n'a pas besoin d'être prié pour se proposer de le faire sur le champ.
Pendant que Alido va se coucher, Elsa et Karl-Heinz restent en compagnie de Sire Frederick dans son bureau, à siroter du brandy pendant que la noblesse travaille !
L'histoire d'Ansel
Sire Frederick lit attentivement les journaux, fait quelques allers-retours entre les pages, grommelle, ponctue le tout parfois par quelques exclamations et prend surtout de nombreuses notes.Il fait ensuite réveiller Alido par Elsa pour pouvoir, lors de la nuit profonde, leur faire un compte-rendu des journaux.
Issu de la petite ville septentrionale de Keck, Ansel était un fils de marchand brillant et solitaire doté d'une aptitude pour la magie. Adolescent, il tomba amoureux de la fille d'un sculpteur sur bois. Quand elle le repoussa, il s'enfuit pour Altdorf, déterminé à entrer aux collèges de magie et à trouver un moyen magique pour la rendre amoureuse de lui.
Quand ses professeurs refusèrent de lui enseigner ce qu'il voulait apprendre, il commença à se tourner vers les livres interdits. Il s'enfuit des collèges et étudia seul, achetant des livres à Estlemann jusqu'à ce que les répurgateurs soient sur ses traces. Il s'enfuit à Marienbourg et rentra dans la clique de Ruprecht qui lui promit de lui donner le pouvoir de retrouver on amour perdu.
Ansel n'appréciait ni Ruprecht, ni Tobias, qui assistait lui aussi Ruprecht, mais la promesse du savoir le retenait au service du sorcier. Il y a deux ans, Ruprecht mit la main sur le Collier de l'Indéfectible Loyauté, un bijou qui forçait son porteur à aimer quiconque le lui avait placé autour du cou. Ansel décida de le voler et de l'utiliser sur celle qu'il aimait.
Ce qui s'est passé ensuite est décrit dans le volume 10 manquant.
Le volume 11 commence quand Ansel se retrouve à Altdorf sous un faux nom, Axel, et se repent d'avoir joué avec le pouvoir des ténèbres, pleurant la mort de sa bien-aimée. Il ne dit pas exactement ce qui s'est passé, mais il est clair que le Collier de l'Indéfectible Loyauté a tué la fille et l'a affligé de sa cicatrice et de ses branchies de mutant. Sa mutation est à la fois une bénédiction et une malédiction. Il déteste ses branchies et prie Sigmar de les lui retirer, mais elles lui sont très utiles. Il a décidé de faire pénitence en tuant autant de mutants et de sorciers qu'il le peut, et ses branchies lui permettent justement de sentir les autres mutants. Il utilise ses pouvoirs pour les traquer et les tuer.
La dernière page du journal contient un passage intéressant :
Elsa se souvient du livre d'illustrations sur l'Empire, ses gens et ses bêtes étranges que lui montrait son père militaire et sur lequel il brodait des batailles épiques. Il s'intitulait "Du sang sur le Reik", d'un certain Tobias Helmgart. La première édition doit dater d'environ 800 ans.
Est-ce que le premier sang d'Helmgart ne pourrait pas y faire référence ?
Dans ce cas, est-ce la première histoire, la première illustration ?
L'autre indice soulevé par Alido est le fait que la prière ait inspiré Ansel pour la cachette. Cela pourrait-il être le temple.
Sire Frederick rappelle que le Grand Temple de Sigmar d'Altdorf est réputé pour sa bibliothèque hors du commun.
Il regarde cependant sa propre bibliothèque et trouve une édition, pas la première bien entendu, du livre. Il se propose de passer le reste de la nuit pour l'étudier afin de laisser les autres se reposer.
Elsa, toujours soupçonneuse, demande à récupérer les journaux. Mais Sire Frederick préfère les garder afin de pouvoir s'y référer lors de sa lecture.
Alido, Elsa et Karl-Heinz se rendent donc dans leur chambre pour une fin de nuit réparatrice dans un bon lit et de beaux draps propres.


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